PREFACE
La Fondation nationale de gérontologie et le ministère des
affaires sociales ont élaboré en commun en 1987 un texte d'une portée fondamentale pour
la reconnaissance des droits des personnes âgées dépendantes et l'organisation de leur
protection :
la Charte des droits et des libertés de la personne âgée
dépendante.
Ce texte a été largement diffusé auprès des décideurs,
publics et privés, des gestionnaires d'établissements et services recevant des personnes
âgées dépendantes, des professionnels de l'action sanitaire et sociale et du grand
public.
Son importance a été depuis maintes fois soulignée par des
intervenants des organismes les plus divers et il a même pu servir de modèle au-delà de
nos frontières.
Si les principes qui l'inspirent restent plus que jamais
d'actualité, ses auteurs ont toutefois estimé que leur formulation méritait une
actualisation tenant compte des évolutions profondes qu'a connues notre société au
cours de cette période, notamment en raison de l'augmentation très sensible du nombre de
ses membres les plus âgés.
C'est pourquoi les membres de la commission " Droits et
libertés des personnes âgées " de la Fondation nationale de gérontologie ont
élaboré ce nouveau texte en mettant encore plus l'accent que le précédent sur le
respect que la société tout entière doit aux personnes âgées.
Je suis sûre que ce texte est un de ceux dont notre société
pourra s'honorer.
Martine AUBRY,
Ministre de l'Emploi et de la Solidarité.
Charte des droits et libertés de la personne âgée dépendante
- La vieillesse est une étape de l'existence
pendant laquelle chacun doit pouvoir poursuivre son épanouissement.
- La plupart des personnes âgées resteront
autonomes et lucides jusqu'au dernier moment de leur vie. L'apparition de la dépendance,
quand elle survient, se fait à un âge de plus en plus tardif. Cette dépendance peut
être due à l'altération de fonctions physiques et/ou à l'altération de fonctions
mentales.
- Même dépendantes, les personnes âgées doivent
continuer à exercer leurs droits, leurs devoirs et leurs libertés de citoyens.
- Elles doivent aussi garder leur place dans la
cité, au contact des autres générations dans le respect de leurs différences.
- Cette Charte a pour objectif de reconnaître la
dignité de la personne âgée devenue dépendante et de préserver ses droits.
Article I - Choix de vie
- Toute personne âgée dépendante garde la liberté de
choisir son mode de vie.
- Elle doit pouvoir profiter de l'autonomie perinise par
ses capacités physiques et mentales, même au prix d'un certain risque. Il faut
l'informer de ce risque et en prévenir l'entourage.
- La famille et les intervenants doivent respecter le plus
possible son désir profond.
Article II - Domicile et
environnement
- Le lieu de vie de la personne âgée dépendante,
domicile personnel ou établissement, doit être choisi par elle et adapté à ses
besoins.
- La personne âgée dépendante ou à autonomie réduite
réside le plus souvent dans son domicile personnel. Des aménagements doivent être
proposés pour lui permettre de rester chez elle.
- Lorsque le soutien au domicile atteint ses limites, la
personne âgée dépendante peut choisir de vivre dans une institution ou une famille
d'accueil qui deviendra son nouveau domicile.
- Un handicap mental rend souvent impossible la poursuite
de la vie au domicile. Dans ce cas l'indication et le choix du lieu d'accueil doivent
être évalués avec la personne et avec ses proches. Ce choix doit rechercher la solution
la mieux adaptée au cas individuel de la personne malade.
- Son confort moral et physique, sa qualité de vie
doivent être l'objectif constant, quelle que soit la structure d'accueil.
- L'architecture des établissements doit être conçue
pour répondre aux besoins de la vie privée. Un espace doit être organisé pour favoriser
l'accessibilité, l'orientation, les déplacements et garantir les meilleures conditions
de sécurité.
Article III - Une vie sociale
malgré les handicaps
- Toute personne âgée dépendante doit conserver la
liberté de communiquer, de se déplacer et de participer à la vie de la société.
- Les urbanistes doivent prendre en compte le
vieillissement de la population pour l'aménagement de la cité.
- Les lieux publics et les transports en commun doivent
être aménagés pour être accessibles aux personnes âgées, ainsi qu'à tout handicapé et
faciliter leur participation à la vie sociale et culturelle.
- La vie quotidienne doit prendre en compte le rythme et
les difficultés des personnes âgées dépendantes, que ce soit en institution ou au
domicile.
- Toute personne âgée doit être informée de façon
claire et précise sur ses droits sociaux et sur l'évolution de la législation qui la
concerne.
Article IV - Présence et rôle
des proches
- Le maintien des relations familiales et des réseaux
amicaux est indispensable aux personnes âgées dépendantes.
- Le rôle des familles, qui entourent de leurs soins
leurs parents âgés dépendants à domicile, doit être reconnu. Ces familles doivent
être soutenues dans leurs tâches notamment sur le plan psychologique.
- Dans les institutions, la coopération des proches à la
qualité de vie doit être encouragée et facilitée. En cas d'absence ou de défaillance
des proches, c'est au personnel et aux bénévoles de les suppléer.
- Une personne âgée doit être protégée des actions
visant à la séparer d'un tiers avec qui, de façon mutuellement consentie, elle
entretient ou souhaite avoir une relation intime.
- La vie affective existe toujours, la vie sexuelle se
maintient souvent au grand âge, il faut les respecter.
Article V - Patrimoine et
revenus
- Toute personne âgée dépendante doit pouvoir garder la
maîtrise de son patrimoine et de ses revenus disponibles.
- Elle doit pouvoir en disposer conformément à ses
désirs, sous réserve d'une protection légale, en cas de dépendance psychique.
- Il est indispensable que les ressources d'une personne
agée soient complétées lorsqu'elles ne lui permettent pas d'assumer le coût des
handicaps.
Article VI - Valorisation de
l'activité
- Toute personne âgée dépendante doit être encouragée
à conserver des activités.
- Des besoins d'expression et des capacités
d'accomplissement persistent, même chez des personnes âgées qui ont un affaiblissement
intellectuel sévère.
- Développer des centres d'intérêt évite la sensation
de dévalorisation et d'inutilité. La participation volontaire à des réalisations
diversifiées et valorisantes (familiales, mais aussi sociales, économiques, artistiques,
culturelles, associatives, ludiques, etc.) doit être favorisée.
- L'activité ne doit pas être une animation
stéréotypée, mais doit permettre l'expression des aspirations de chaque personne
âgée.
- Une personne âgée mentalement déficitaire doit
pouvoir participer à des activités adaptées. Les activités infantilisantes ou
dévalorisantes sont à rejeter.
Article VII - Liberté de
conscience et pratique religieuse
- Toute personne âgée dépendante doit pouvoir
participer aux activités religieuses ou philosophiques de son choix.
- Chaque établissement doit disposer d'un local d'accès
aisé, pouvant servir de lieu de culte, et permettre la visite des représentants des
diverses religions.
- Les rites et usages religieux s'accomplissent dans le
respect mutuel.
Article VIII - Préserver
l'autonomie et prévenir
- La prévention de la dépendance est une nécessité
pour l'individu qui vieillit.
- La vieillesse est un état physiologique qui n'appelle
pas en soi de médicalisation. La dépendance physique ou psychique résulte d'états
pathologiques, dont certains peuvent être prévenus ou traités. Une démarche médicale
préventive se justifie donc, chaque fois que son efficacité est démontrée.
- Les moyens de prévention doivent faire l'objet d'une
information claire et objective du public, en particulier des personnes âgées, et être
accessibles à tous.
Article IX - Droit aux soins
- Toute personne âgée dépendante doit avoir, comme
toute autre, accès aux soins qui lui sont utiles.
- Aucune personne âgée ne doit être considérée comme
un objet passif de soins, que ce soit au domicile, en institution ou à l'hôpital.
- L'accès aux soins doit se faire en temps utile en
fonction du cas personnel de chaque malade et non d'une discrimination par l'âge.
- Les soins comprennent tous les actes médicaux et
paramédicaux qui permettent la guérison chaque fois que cet objectif peut être atteint.
- Ces soins visent aussi à rééduquer les fonctions et
compenser les handicaps.
- Ils s'appliquent à améliorer la qualité de vie en
soulageant la douleur, à maintenir la lucidité et le confort du malade, en
réaménageant espoirs et projets.
- L'hôpital doit donc disposer des compétences et des
moyens d'assurer sa mission de service public auprès des personnes âgées malades.
- Les institutions d'accueil doivent disposer des locaux
et des compétences nécessaires à la prise en charge des personnes âgées dépendantes,
en particulier dépendantes psychiques.
- Les délais administratifs abusifs qui retardent
l'entrée dans l'institution choisie doivent être abolis.
- La tarification des soins doit être déterminée en
fonction des besoins de la personne âgée dépendante, et non de la nature du service ou
de l'établissement qui la prend en charge.
Article X - Qualification des
intervenants
- Les soins que requiert une personne âgée dépendante doivent
être dispensés par des intervenants formés, en nombre suffisant.
- Une formation spécifique en gérontologie doit être dispensée
à tous ceux qui ont une activité professionnelle qui concerne les personnes âgées.
Cette formation doit être initiale et continue, elle concerne en particulier, mais non
exclusivement, tous les corps de métier de la santé.
- Ces intervenants doivent bénéficier d'une analyse des attitudes,
des pratiques et d'un soutien psychologique.
Article
XI - Respect de la fin de vie
- Soins et assistance doivent être procurés à la
personne âgée en fin de vie et à sa famille.
- Certes, les affections sévères et les affections
mortelles ne doivent pas être confondues : le renoncement thérapeutique chez une
personne curable constitue un risque aussi inacceptable que celui d'un acharnement
thérapeutique injustifié. Mais, lorsque la mort approche, la personne âgée doit être
entourée de soins et d'attentions adaptés à son état.
- Le refus de l'acharnement ne signifie pas un abandon des
soins mais doit, au contraire, se traduire par un accompagnement qui veille à combattre
efficacement toute douleur physique et à prendre en charge la douleur morale.
- La personne âgée doit pouvoir terminer sa vie
naturellement et confortablement, entourée de ses proches, dans le respect de ses
convictions et en tenant compte de ses avis.
- Que la mort ait lieu au domicile, à l'hôpital ou en
institution, le personnel doit être formé aux aspects techniques et relationnels de
l'accompagnement des personnes âgées et de leur famille avant et après le décès.
Article XII - La recherche : une
priorité et un devoir
- La recherche multidisciplinaire sur le vieillissement et
la dépendance est une priorité.
- Seule la recherche peut permettre une meilleure
connaissance des déficiences et des maladies liées à l'âge et faciliter leur
prévention.
- Une telle recherche implique aussi bien les disciplines
biomédicales et de santé publique que les sciences humaines et les sciences
économiques.
- Le développement d'une recherche gérontologique peut
à la fois améliorer la qualité de vie des personnes âgées dépendantes, diminuer
leurs souffrances et les coûts de leur prise en charge.
- Il y a un devoir de recherche sur le fléau que
représentent les dépendances associées au grand âge. Il y a un droit pour tous ceux
qui en sont ou en seront frappés à bénéficier des progrès de la recherche.
Article XIII - Exercice des
droits et Protection juridique de la personne
- Toute personne en situation de dépendance doit voir
protégés non seulement ses biens mais aussi sa personne.
- Ceux qui initient ou qui appliquent une mesure de
protection ont le devoir d'évaluer ses conséquences affectives et sociales.
- L'exercice effectif de la totalité de leurs droits
civiques doit être assuré aux personnes âgées y compris le droit de vote, en l'absence
de tutelle.
- La sécurité physique et morale contre toutes
agressions et maltraitances doit être sauvegardée.
- Lors de l'entrée en institution privée ou publique ou
d'un placement dans une famille d'accueil, les conditions de résidence doivent être
garanties par un contrat explicite, la personne âgée dépendante peut avoir recours au
conseil de son choix.
- Tout changement de lieu de résidence ou même de
chambre doit faire l'objet d'une concertation avec l'intéressé(e).
- Lors de la mise en oeuvre des protections prévues par
le Code civil (sauvegarde de justice, curatelle ou tutelle),
il faut considérer avec attention que :
- le besoin de protection n'est pas forcément total, ni
définitif
- la personne âgée dépendante protégée doit pouvoir
continuer à donner son avis chaque fois que cela est nécessaire et possible ;
- la dépendance psychique n'exclut pas que la personne
âgée puisse exprimer des orientations de vie et doive toujours être informée des actes
effectués en son nom.
Article XIV - L'information,
meilleur moyen de lutte contre l'exclusion
- L'ensemble de la population doit être informé des
difficultés qu'éprouvent les personnes âgées dépendantes.
- Cette information doit être la plus large possible.
L'ignorance aboutit trop souvent à une exclusion qui ne prend pas en compte les
capacités restantes ni les désirs de la personne.
- L'exclusion peut résulter aussi bien d'une
surprotection infantilisante que d'un rejet ou d'un refus de la réponse aux besoins.
- L'information concerne aussi les actions immédiates
possibles. L'éventail des services et institutions capables de répondre aux besoins des
personnes âgées dépendantes est trop souvent méconnu, même des professionnels.
- Faire toucher du doigt la réalité du problème et sa
complexité peut être une puissante action de prévention vis-à-vis de l'exclusion des
personnes âgées dépendantes et peut éviter un réflexe démissionnaire de leur part.
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